Savoir traverser les deuils : une compétence essentielle du leadership

Il y a quelques jours, j’ai fait un choix inhabituel.
Pour la première fois depuis sept ans, je n’ai pas participé à l’un des modules de Réveil des Lionnes.
Sophie démarrait avec les 15 femmes de notre programme international ENGIE un module consacré à notre nature cyclique et aux ressources du vivant pour traverser les changements plus sereinement.
Et moi, j’ai choisi de rester auprès de ma maman, que j’accompagne dans ses derniers jours de vie.
Étrangement, je n’ai peut-être jamais autant expérimenté ce que nous transmettons dans ce module.
Car depuis plusieurs semaines, j’apprends quelque chose qui bouleverse ma manière de regarder la vie, mais aussi le leadership :

La vie est toujours là, même dans les fins

Et savoir traverser les fins, les pertes, les renoncements, les deuils est peut-être l’une des compétences les plus essentielles — et les moins enseignées — du leadership.

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Toute transformation implique aussi un deuil

Dans le monde professionnel, nous parlons beaucoup de transformation. Changer de poste, rejoindre une nouvelle équipe, terminer un projet, quitter une entreprise, réorganiser une activité…

Mais les changements qui nous traversent ne s’arrêtent évidemment pas à la porte du bureau. Une séparation. Un déménagement. Le départ d’un enfant de la maison. Le vieillissement ou la maladie d’un proche.
La perte d’une personne que l’on aime.

Tous ces passages viennent aussi transformer nos repères, notre identité, nos relations et parfois notre manière de regarder la vie. Car tout changement comporte aussi une forme de deuil : quelque chose de connu doit être quitté pour qu’une nouvelle réalité puisse progressivement prendre place.

  • Changer de poste, c’est parfois quitter une identité professionnelle dans laquelle nous étions reconnues.
  • Se séparer, même lorsque la décision est juste, c’est aussi faire le deuil d’une histoire, d’un quotidien ou d’un avenir que l’on avait imaginé.
  • Voir ses enfants grandir peut être une immense fierté et demander en même temps de laisser partir une certaine manière d’être mère.

Et cela reste vrai lorsque le changement est souhaité. On peut être heureuse d’une promotion et regretter ce que l’on quitte.

On peut avoir choisi une séparation et en éprouver profondément la perte. On peut désirer une nouvelle étape de sa vie et avoir pourtant du mal à laisser derrière soi celle qui se termine.

Le nouveau n’efface pas instantanément l’attachement à l’ancien. C’est précisément pour cela que traverser les changements ne consiste pas seulement à savoir se projeter dans l’après. Il faut aussi apprendre à reconnaître, honorer et laisser partir ce qui se termine.

Nous avons appris à célébrer les étés

J’aime avancer. J’aime créer, entreprendre, développer, faire grandir des projets. J’aime l’ambition. Et oui, j’aime aussi aller vite et performer. Je connais bien cette énergie.

C’est celle de l’été :

l’expansion, le rayonnement, les fruits, l’abondance. Et notre société valorise énormément cette saison. Nous célébrons les lancements, les promotions, les réussites, la croissance, les résultats. Nous aimons ce qui monte.

Mais que faisons-nous de ce qui descend ? Que faisons-nous des périodes de ralentissement, de dépouillement, d’incertitude ? Que faisons-nous lorsqu’il faut arrêter, renoncer, perdre, attendre ?

Savons-nous honorer nos hivers autant que nos étés ?

La mort en est évidemment l’expression la plus radicale. Et elle dit beaucoup de notre difficulté collective avec les fins. La mort, la fin de vie, le deuil restent largement associés à la souffrance, au vide, à ce que nous voudrions ne pas voir. Comme si la vie était d’un côté, et la mort de l’autre.

Comme s’il fallait traverser au plus vite ces périodes sombres pour pouvoir enfin “revenir à la vie”.

Ce que ma maman m’apprend du vivant

Bien sûr, accompagner ma maman dans ses derniers jours comporte de la souffrance.

  • Il y a la tristesse.
  • L’impuissance.
  • La diminution.
  • La peur de perdre.
  • Parfois celle du vide qui viendra après.

Mais depuis trois mois où j’ai intensifié ma présence auprès d’elle, et plus encore ces dernières semaines, je découvre quelque chose auquel je ne m’attendais pas : il y a énormément de vie jusqu’au bout.

Aujourd’hui, ma maman ne parle presque plus. Elle ne bouge presque plus.

Et pourtant, je sens le vivant partout.

  • Dans sa main que je tiens.
  • Dans nos regards.
  • Dans les mots que j’ai enfin osé lui dire.
  • Dans un sourire furtif, mais bien là.
  • Dans les liens familiaux qui se resserrent.
  • Dans ces gestes minuscules qui prennent soudain une importance immense.
  • Dans cette autre manière d’être ensemble lorsque presque tout le reste disparaît.

Je découvre que la fin n’est pas l’absence de vivant. Le vivant s’y manifeste autrement. Moins dans le faire. Moins dans la production. Moins dans le mouvement.
Et davantage dans la présence, le lien, la transmission, le dépouillement.
C’est probablement l’un des plus grands apprentissages que ma maman est en train de m’offrir.

L’hiver n’est pas une anomalie du vivant

Regardons la nature. Elle ne cherche pas à produire douze mois par an.

  • Elle pousse.
  • Elle fleurit.
  • Elle fructifie.
  • Puis elle laisse tomber.
  • Elle ralentit.
  • Elle se dépouille.
  • Elle semble parfois immobile.

Mais cet hiver n’est pas un échec du vivant. Il en fait partie.

Sous la surface, quelque chose se prépare, se régénère, transforme ce qui a été vécu et rassemble les ressources nécessaires au cycle suivant.

Et si nous acceptions de regarder de la même manière certaines périodes de nos vies et de nos projets ?

  • Il y a des moments pour faire émerger.
  • Des moments pour déployer.
  • Des moments pour récolter.
  • Et des moments pour laisser partir.

Vouloir rester en été permanent finit par épuiser le vivant.

C’est vrai pour nos corps. Pour nos vies. Pour nos projets. Et probablement aussi pour nos organisations.

Savoir accompagner une fin est une compétence de leadership

C’est ici que la question du leadership devient essentielle. Un leader capable d’accompagner une transformation ne peut pas seulement savoir donner une vision du futur. Il doit aussi savoir regarder ce que cette transformation demande de quitter.
Car derrière une résistance au changement se cache parfois quelque chose de beaucoup plus humain qu’un simple refus d’avancer :

  • une difficulté à perdre.
  • Perdre une place.
  • Un statut.
  • Une expertise qui nous rendait indispensable.
  • Une équipe.
  • Une manière de travailler.
  • Un projet auquel nous étions attachés.
  • Une représentation de ce que devait être l’avenir.

Accompagner une transformation demande alors autre chose que de convaincre davantage. Cela demande de savoir reconnaître ce qui se termine.
De permettre aux personnes de nommer ce qu’elles perdent.
De reconnaître ce qui a existé et ce qui a été utile.
D’en extraire les apprentissages.
Puis, progressivement, de laisser de la place au nouveau.

Un leader qui sait transformer ne sait pas seulement impulser les commencements.
Il sait accompagner les fins.

Traverser l’entre-deux et faire confiance au vide fertile

Il existe un moment particulièrement inconfortable dans toute transformation : celui où l’ancien n’est plus vraiment là et où le nouveau n’existe pas encore. Il y a du vide.

Et nous aimons peu le vide.

  • Parce qu’il est incertain. Parce que nous y perdons temporairement nos repères.
  • Parce que nous ne savons pas encore ce qui va prendre la place de ce qui vient de disparaître.
  • Alors nous cherchons souvent à le remplir. Vite.
  • Un nouveau projet.
  • Une nouvelle organisation.
  • Un nouvel objectif.
  • Une nouvelle relation parfois.
  • Une nouvelle course en avant.

Comme si ne rien mettre immédiatement à la place était dangereux. Pourtant, le vide peut être fertile.
Faire de la place, ce n’est pas seulement perdre quelque chose. C’est aussi créer l’espace nécessaire pour que quelque chose que nous ne connaissons pas encore puisse apparaître. Le vide fertile est cet espace de l’entre-deux où nous pouvons intégrer ce qui vient d’être vécu, laisser retomber ce qui doit l’être, écouter ce qui cherche à émerger et renouveler nos ressources.
Il ne s’agit pas de rendre le vide confortable à tout prix. Il s’agit d’apprendre à ne pas le remplir trop vite.
À rester quelque temps dans le “je ne sais pas encore”. À accepter qu’après une fin, nous n’ayons pas immédiatement besoin d’une réponse.

Car parfois, c’est précisément parce que nous avons laissé du vide qu’un nouveau possible peut apparaître.
Ralentir n’est donc pas nécessairement renoncer.
Ne pas savoir n’est pas nécessairement être perdu.
Et le vide n’est pas nécessairement stérile.

Il peut devenir l’espace où se prépare le prochain printemps.

Un leadership qui ne se construit pas contre le vivant

Chez Réveil des Lionnes, nous parlons de leadership authentique et incarné.
Cela signifie notamment sortir d’une vision dans laquelle être leader voudrait dire être toujours forte, toujours sûre, toujours en mouvement, toujours capable de produire davantage.
Nous accompagnons des femmes brillantes, engagées, ambitieuses. Des femmes qui savent faire. Qui savent tenir. Qui savent prendre leurs responsabilités.
Et qui ont parfois tellement appris à avancer qu’elles ne savent plus ralentir sans culpabiliser.

Or réconcilier ambition et sensibilité, ce n’est pas renoncer à l’ambition.

C’est refuser une ambition qui se construirait contre soi. C’est pouvoir écouter son corps, ses émotions, ses besoins et ses limites sans perdre sa capacité à décider et à agir. C’est reconnaître la saison dans laquelle nous sommes et ajuster notre manière d’avancer.

Cette vision est au cœur de Réveil des Lionnes : accompagner des femmes pour qu’elles puissent réaliser leurs ambitions sans mettre leur sensibilité au placard, et développer un leadership qui parte de l’intérieur pour se déployer ensuite dans leurs relations, leurs équipes et leurs organisations.

Mon projet continue. Avec moi, autrement.

Cette semaine, Sophie accompagne les femmes de notre programme international. Le module existe. Les participantes expérimentent.
Réveil des Lionnes continue. Et moi, je suis auprès de ma maman.
Mon projet continue donc sans moi. Ou plutôt : avec moi, autrement.
Car je ne suis pas en dehors de mon travail. Ce que je vis me transforme. Cette traversée me confronte à la présence, à l’impuissance, au lâcher-prise, à la fin, au lien.
Elle m’apprend des choses qu’aucune formation ne pourrait probablement m’enseigner de cette manière. Et je sais déjà que cette expérience nourrira ma façon d’être femme, entrepreneure, coach et leader.
Elle nourrira aussi la profondeur avec laquelle j’accompagnerai demain d’autres femmes dans leurs propres passages.

Je ne renonce donc pas à mon ambition. Je choisis une ambition qui ne me coupe pas du vivant.

Habiter toutes les saisons de son leadership

Peut-être est-ce finalement cela, un leadership profondément incarné. Savoir créer, décider, entreprendre, développer, performer. Et savoir aussi ralentir.

  • Ressentir.
  • Traverser.
  • Renoncer.
  • Faire le deuil.
  • Laisser partir.
  • Faire du vide.
  • Se régénérer.

Puis, lorsque le moment vient, recommencer à créer.

Être capable d’habiter toutes les saisons de ses projets et de sa vie.

Non pas pour devenir moins ambitieuse. Mais pour construire une ambition plus durable, plus sensible, plus incarnée. Une ambition qui sache reconnaître que l’hiver n’est pas un accident sur le chemin vers le prochain été. Il fait partie du chemin. Et que le vide entre deux saisons n’a pas toujours besoin d’être immédiatement rempli.
Il peut être fertile.

Et vous, quelle place faites-vous à vos hivers ?

Lorsque quelque chose se termine dans votre vie professionnelle ou personnelle, savez-vous vraiment le laisser se terminer ?
Lorsque votre énergie diminue, savez-vous écouter ce que cette période vous demande ?
Lorsque votre équipe traverse une transformation, savez-vous accompagner ce qu’elle perd autant que ce qu’elle doit construire ?
Et lorsque le vide apparaît, savez-vous lui laisser suffisamment de place pour découvrir ce qu’il peut faire émerger ?

Ou cherchez-vous à maintenir, pour vous et pour les autres, un été permanent ?

Nous avons tellement appris à célébrer les commencements, la croissance et les réussites. Peut-être avons-nous aussi à apprendre à honorer les fins, les passages, les hivers… et les vides fertiles qui les accompagnent. Parce qu’eux aussi sont profondément vivants. Et parce que savoir les traverser — et aider les autres à les traverser — est aussi une compétence de leadership.

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Vous êtes ambitieuse ET sensible ?

Vous êtes une femme engagée, compétente, ambitieuse, mais vous sentez que continuer à avancer en vous coupant de votre sensibilité ou en vous demandant d’être toujours “en été” n’est plus tenable ? Le parcours Réveil des Lionnes accompagne pendant neuf mois des femmes qui souhaitent développer un leadership plus authentique, sensible et incarné, sans renoncer à leurs ambitions.
Le prochain parcours démarre en janvier 2027.
Si cet article résonne avec ce que vous traversez aujourd’hui, contactez-nous pour en parler. Nous prendrons le temps de comprendre où vous en êtes et de voir ensemble si cet accompagnement correspond à ce dont vous avez besoin.

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